Isabelle Brun

Responsable de la communication externe de la SIDI

Isabelle Brun

Responsable de la communication externe de la SIDI

Publié le : 11/05/2026

8 minutes

point de vue

La SIDI, investisseur solidaire qui va là où les autres ne vont pas

Que faisons-nous des moyens financiers dont nous disposons ? À travers son action, la SIDI montre qu’il est possible d’orienter l’économie autrement, en la mettant au service de celles et ceux qui en sont le plus souvent écartés.

Amina est commerçante dans un quartier populaire de Tunis. Lorsqu’elle a démarré son activité, elle disposait de très peu de moyens. Grâce à un premier prêt octroyé par une institution de microfinance (Enda Tamweel), elle a pu constituer un stock de marchandise, puis, progressivement, agrandir son commerce. Aujourd’hui, elle fait vivre sa famille, scolarise ses enfants et envisage l’avenir avec davantage de sérénité.

Son parcours est loin d’être isolé. Dans de nombreuses régions du monde, des femmes et des hommes travaillent, entreprennent, produisent, sans avoir accès aux services financiers classiques. Sans crédit, sans moyen d’épargne, leurs activités ne peuvent se développer ni leurs conditions de vie évoluer positivement.

L’ambition de la SIDI est claire : permettre aux petits entrepreneurs et agriculteurs d’avoir les moyens de développer leur activité et d’en vivre durablement

C’est à cet endroit précis que se situe l’action de la SIDI. Créée il y a plus de 40 ans par le CCFD-Terre Solidaire qui voulait prolonger son action dans le domaine économique, la SIDI est un investisseur solidaire qui agit au croisement des dimensions économiques, sociales et environnementales. La SIDI soutient des acteurs économiques dans les pays du Sud qui agissent en faveur de l’inclusion financière ou opèrent dans des filières agricoles durables. Ce sont notamment des petites institutions de microfinance, des coopératives agricoles, des petites et moyennes entreprises à fort impact social et environnemental. L’ambition de la SIDI est claire : permettre aux petits entrepreneurs et agriculteurs d’avoir les moyens de développer leur activité et d’en vivre durablement.

La SIDI intervient là où les autres ne vont pas

La SIDI propose d’apporter les ressources nécessaires qui, dans les régions ou secteurs concernés (que ce soit la microfinance ou les filières agricoles) font défaut. Les banques locales, comme les investisseurs internationaux, peinent à financer des organisations jugées trop petites, trop fragiles ou situées dans des zones considérées comme risquées (à cause de conflits armés, de guerres, des impacts de la crise climatique, par exemple). Les montants recherchés par nos partenaires sont souvent relativement modestes, les garanties limitées et les environnements économiques incertains.

La SIDI s’engage auprès d’acteurs économiques qui se mobilisent pour améliorer les conditions de vie des populations vulnérables

La SIDI fait le choix d’intervenir précisément là où ces besoins sont les plus forts, en adaptant ses outils à ces réalités. Elle s’engage auprès d’acteurs économiques qui se mobilisent pour améliorer les conditions de vie des populations vulnérables. La SIDI intervient dans une trentaine de pays, principalement en Afrique subsaharienne, au Moyen Orient, en Amérique Latine : pays qui sont à la fois à faible IDHI (Burundi, Madagascar, Burkina Faso) et considérés comme risqués (Niger, Mali, République Démocratique du Congo, Liban, Palestine).

Souvent, ces structures n’ont pas ou peu accès aux financement classiques. Elles font face à une multiplicité de difficultés liées au contexte politique ou économique dans lequel elles agissent. La clientèle de nos partenaires est souvent fragilisée et particulièrement vulnérable face aux chocs externes et de plus en plus face aux effets du changement climatique et des crises écologiques dans leur ensemble.

Une approche singulière de l’investissement financier

Pour les aider à surmonter ces obstacles, la SIDI mise sur une forme d’intervention spécifique dans le milieu de la finance à impact social et environnemental. Celle-ci repose sur une relation partenariale qui s’inscrit dans le long terme, basée sur deux piliers d’égale d’importance : la fourniture d’un service financier couplé au déploiement d’un accompagnement sur mesure leur permettant de construire leur autonomie institutionnelle et financière.

Sur le plan financier, la SIDI contribue à augmenter les ressources financières de ses partenaires par différents moyens : en particulier, elle peut prendre part à la gouvernance en devenant elle-même actionnaire de ses partenaires, sans exigence de rentabilité de court terme. L’objectif ici est d’assurer un rôle de conseil stratégique et de suivi à long terme sur les projets de développement du partenaire. La SIDI agit également via l’octroi de prêts, notamment en monnaie locale.

Parallèlement à ce service financier, la SIDI apporte aussi un accompagnement qui s’adapte aux besoins de ses partenaires. Pour cela, chaque année, les enjeux et les objectifs d’accompagnement sont définis avec chaque partenaire : il peut s’agir de montée en compétences sur divers sujets (comptabilité, juridique, performance sociale et environnementale…) ou d’accompagnement sur des enjeux d’adaptation au changement climatique (pratiques agroécologiques, fourniture d’arbres d’ombrage…).

Des effets concrets sur le terrain

Dans le sud-ouest de l’Ouganda, la coopérative Kitagata Mixed Farmers par exemple, incarne une réponse concrète aux défis des petits producteurs. Créée par les agriculteurs eux-mêmes, elle leur permet de mieux vendre leurs récoltes – notamment le millet et les haricots – tout en renforçant leur pouvoir collectif face aux acteurs du marché. Au-delà de la commercialisation, Kitagata accompagne ses membres avec des services essentiels — formations, accès à l’épargne et au crédit, appui à la gestion — avec une attention particulière portée aux femmes, qui représentent les deux tiers des bénéficiaires. Kitagata développe des solutions concrètes pour renforcer la résilience des producteurs : diversification des cultures, accompagnement à l’autonomie économique et promotion de l’égalité de genre. Une dynamique collective qui illustre comment des organisations locales peuvent, avec les bons appuis, construire des réponses durables face aux défis alimentaires et climatiques.

Des organisations locales peuvent, avec les bons appuis, construire des réponses durables face aux défis alimentaires et climatiques

À Madagascar, l’institution de microfinance Vahatra – Racines en malgache – appuyée depuis 2015 par la SIDI, illustre une autre facette de cette approche. Vahatra s’adresse à des populations rurales vivant sous le seuil d’extrême pauvreté, pour lesquelles l’accès au crédit n’est pas possible. Les prêts qu’elle propose sont modestes, ajustés aux activités agricoles ou commerciales de ses clients, et leur impact dépasse largement la seule dimension financière. Ce qui caractérise cette petite IMF, c’est la manière dont le financement s’inscrit dans un accompagnement global. Vahatra se distingue en effet par une approche intégrée qui combine services financiers et accompagnement technique et social sur mesure à ses clients (sessions de sensibilisation à la santé infantile et maternelle, accompagnement à l’obtention de papiers d’identité, fourniture de plants issus de pépinières gérées par l’IMF, système de mutuelle de santé obligatoire pour l’ensemble de ses clients).

Une “chaine de solidarité financière”

Les projets accompagnés ne sont pas seulement évalués à l’aune de leur viabilité économique, mais aussi de leurs effets sociaux et environnementaux. Les pratiques agricoles encouragées, les formes de gouvernance, l’organisation des filières ou encore la répartition de la valeur sont autant d’éléments qui participent au développement d’une économie plus juste et durable.

Toutes ces actions sont possibles grâce à l’engagement des actionnaires solidaires de la SIDI. Ce lien entre épargnants et petits entrepreneurs ou agriculteurs constitue un levier essentiel.

Toutes ces actions sont possibles grâce à l’engagement des actionnaires solidaires de la SIDI. Depuis sa création, des milliers de citoyens ont fait le choix de mobiliser une part de leur épargne pour soutenir cette action, non pas dans une logique de rendement financier, mais avec la volonté de lui donner une utilité concrète.

Ce lien entre épargnants et petits entrepreneurs ou agriculteurs, souvent invisible, constitue un levier essentiel. Il permet de financer des projets dans ces contextes complexes et donne à chacun la possibilité de participer, à son échelle, à des dynamiques de développement. La « chaîne de solidarité financière » qui en résulte ne repose pas sur un principe abstrait, mais sur des engagements bien réels, qui relient des décisions individuelles ici, à des transformations concrètes là-bas. Les crises économiques, climatiques, sociales et géopolitiques dans le monde nous donnent trop souvent l’impression d’être des spectateurs impuissants. Les besoins sont là, de plus en plus visibles, et les marges de manœuvre, bien que limitées, existent.

Derrière chaque activité soutenue, il y a la possibilité, pour des femmes et des hommes, de se tenir debout et de construire, pas à pas, leur propre chemin

Reste alors une interrogation, simple en apparence : que faisons-nous des moyens dont nous disposons ? À travers son action, la SIDI ne prétend pas apporter une réponse unique, mais elle montre qu’il est possible d’orienter l’économie autrement, en la mettant au service de celles et ceux qui en sont le plus souvent écartés. Car derrière chaque activité soutenue, il y a bien plus qu’un projet économique : il y a la possibilité, pour des femmes et des hommes, de se tenir debout, de retrouver une marge de manœuvre et de construire, pas à pas, leur propre chemin.

A lire également sur Responsables