Barbara Walter
Responsable et animatrice de sessions professionnelles à Penboc’h
Barbara Walter
Responsable et animatrice de sessions professionnelles à Penboc’h
point de vue
Burn-out, comment rebondir
En 2015, sous l’impulsion du Provincial des jésuites de France, le Centre Spirituel de Penboch élargit ses actions et s’ouvre aux fragilités et au monde du travail.
Les retraites ignaciennes restent l’activité dominante du centre spirituel de Penboc’h mais il s’agit, depuis une dizaine d’années, de répondre également aux besoins des dirigeants dans leur manière de gouverner, aux hésitations des personnes dans leur orientation professionnelle, aux difficultés de ceux qui ressentent un mal-être à leur poste de travail et jusqu’aux personnes en situation de burn-out.
Une session pensée pour relever
Ayant moi-même traversé, durant mon expérience professionnelle, des périodes où vie professionnelle et vie privée n’arrivaient plus à s’articuler, où l’impression d’un trop plein de tout se transformait en un effondrement intérieur, je me suis appuyée sur cette expérience personnelle pour créer une session que nous avons intitulée “Burn-out, comment rebondir ?”. Sur une période courte (du lundi soir au vendredi matin) mais intense, nous proposons une alternance de travail personnel, de temps de partage en groupe, d’accompagnement individuel quotidien, de temps de repos et des moments spirituels.
En arrêt de travail depuis longtemps, ou refusant d’accepter l’arrêt de travail et de se reconnaître en burn-out, ou simplement en grande souffrance au travail, ces hommes et ces femmes de 25 à 70 ans viennent de secteurs professionnels très diversifiés : dirigeants, cadres, chefs de service, enseignants, agriculteurs, artisans, médecins ou autre personnel du monde médical…
Quel que soit leur âge ou leur statut, ce qui les caractérise le jour de leur arrivée est leur apparence de lourdeur et de tristesse. Au point que parfois nous, accompagnateurs/animateurs, ressentons comme une peur de ne pas les voir se relever.
Relire sa vie pour en percevoir le sens
La spiritualité ignacienne est tout à fait adaptée à l’organisation de telles sessions. En effet, l’une de ses spécificités réside dans la relecture : relire sa vie et les expériences pour en percevoir le sens, relire son passé pour se comprendre au présent, relire son histoire pour construire l’avenir de manière plus lucide.
La spiritualité ignacienne prône la liberté dans le chemin de vie et de pensée de la personne, mais aussi l’importance d’un cadre dans la méthode.
Les temps de partage en groupe sont axés sur le ressenti à l’instant T de la personne, ce que nous appelons la météo intérieure. Il s’agit pour la personne de réapprendre à prendre conscience et à mettre des mots sur des ressentis. Nous évitons ainsi que les personnes « se » racontent devant le groupe. C’est dans le cadre de l’accompagnement individuel que la personne peut parler de ce qui l’encombre ou la fait souffrir.
La spiritualité ignacienne prône la liberté dans le chemin de vie et de pensée de la personne. Cependant, cette même spiritualité prône aussi l’importance d’un cadre dans la méthode. C’est ainsi que les exercices que nous proposons sont à expérimenter même si la personne tente d’y résister. C’est à ce prix que la personne fera un chemin vers elle-même et vers Dieu si elle est croyante. En effet, les personnes qui s’inscrivent ne sont pas forcément pratiquantes ou croyantes. Elles peuvent être sans ou d’une autre religion. Cependant, nous proposons, chaque jour, un texte de l’Evangile que nous commentons et sur lequel les personnes doivent méditer ou prier. Ces textes sont porteurs de messages personnels à chacun là où il en est de son histoire, de la compréhension de sa problématique.
Pour exemple, l’Evangile de Bartimée où certains nous disent avoir été frappés par l’audace de Bartimée de crier, d’appeler à l’aide, l’attitude versatile de la foule, le manteau que Bartimée rejette ou encore la question de Jésus : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». Et ces textes s’avèrent universels et font fi des croyances en questionnant simplement notre vie intérieure.
Les textes de l’Evangile sont porteurs de messages personnels à chacun là où il en est de son histoire, de la compréhension de sa problématique.
Trouver l’adéquation avec sa personnalité
Ce que l’on retrouve dans toutes les situations de burn-out ou de souffrance au travail, c’est la difficulté de la personne à dire « non ». Peur du conflit, perte de considération, ne plus se sentir légitime, volonté d’être bien vu, d’être considéré comme performant et, in fine, d’être aimé. Et cette incapacité à dire non est la porte ouverte à un surcroît de travail qui peut aller jusqu’au trop plein, voire jusqu’au burn-out.
Le travail que fait la personne en session consiste donc à relire son histoire dans les différentes strates de sa vie et au regard des événements marquants, puis de dessiner les contours de ce que la personne est aujourd’hui au regard de ses forces et de ses fragilités, et enfin, d’oser le rêve ou le désir d’un lendemain en adéquation avec ce que la personne a repéré de sa personnalité et de ses modes de fonctionnements.
Et, oh miracle, nous voyons ces personnes se redresser peu à peu et leur visage s’éclore telle une fleur. Elles repartent avec une énergie retrouvée pour (re)prendre leur vie en main.
