18 septembre 2025

L’intelligence artificielle (IA) est devenue, en quelques années, le grand miroir contemporain : elle reflète nos promesses et nos failles, nos élans d’émancipation et nos craintes de dépossession.

Quelles questions l’IA pose-t-elle ?

D’abord, elle bouleverse les métiers, les décisions et les repères. Elle accélère les diagnostics, automatise des tâches que l’on croyait irréductiblement humaines et ouvre un vaste champ d’opportunités : accès élargi aux connaissances, optimisation des processus, innovations médicales. Mais ces promesses s’accompagnent de menaces bien réelles : perte d’emplois, concentration du pouvoir technologique, manipulation des opinions, pression environnementale.

Sur le plan éthique et spirituel

L’IA provoque la question de la vérité. Comment distinguer l’information fiable d’une production algorithmique destinée à persuader ? Comment préserver la dignité humaine quand des décisions cruciales — embauche, crédit, justice — sont confiées à des « boîtes noires » opaques ? Ces enjeux ne sont pas uniquement techniques : ils touchent à notre conception de l’homme et demandent un discernement collectif.

Quels espaces pour réfléchir ensemble ?

La conférence organisée à Mulhouse d’octobre dernier — « Intelligence artificielle : jusqu’où allons-nous ? » a posé des jalons précieux : définitions claires, repères technologiques, témoignages de terrain et expériences immersives. Elle a ouvert le débat : peut-on garder le contrôle de l’IA ? Cette soirée sera dupliquée en 2026 dans d’autres villes de France. Une affaire à suivre.

Dans la même dynamique, la 99ᵉ rencontre annuelle des SSF à Bordeaux  s’est attaquée à ces enjeux en les éclairant par la Pensée sociale chrétienne. De nombreux articles permettent de relire ce qui s’est dit et les premiers fruits de ces partages pour les membres Eccleria.

Quelle perspective chrétienne ?

La Pensée sociale chrétienne offre des critères robustes pour discerner :

  • Dignité de la personne, contre toute logique réductrice qui transformerait l’humain en donnée,
  • Destination universelle des biens, face au risque d’accaparement technologique,
  • Bien commun, comme horizon de toute innovation,
  • Participation et subsidiarité, pour que les communautés puissent choisir les usages qui les concernent.

Ces repères permettent de juger non seulement ce que la technologie rend possible, mais aussi le sens de son usage. Une IA qui renforce la solidarité ou élargit l’accès au savoir est précieuse. Mais une IA qui accroît les inégalités ou fragilise la liberté d’opinion appelle vigilance et régulation.

Garder le cap

L’urgence est réelle. Il ne s’agit pas seulement de légiférer, mais de former des citoyens capables de discerner, de créer des dialogues entre ingénieurs, éthiciens, décideurs économiques et communautés de foi, et d’inventer des modèles qui ne reposent pas uniquement sur la captation de données.

Garder le cap face à l’IA exige une navigation collective, prudente et créative. Cela suppose des outils techniques, des lois protectrices, des médiations éthiques et des repères spirituels. Les rendez-vous de Mulhouse et de Bordeaux en sont déjà des laboratoires. Ils rappellent que la technologie n’a pas de sens en soi : le sens se construit dans la manière dont nous décidons, ensemble, de l’utiliser.