
Sayed
Ingénieur afghan réfugié en France. En intérim chez Eurovia.

Sayed
Ingénieur afghan réfugié en France. En intérim chez Eurovia.
témoignage
Un toit, un emploi, un parcours du combattant
Arrivé en France en janvier 2022, Sayed a obtenu le statut de réfugié en octobre 2023. Il raconte son parcours universitaire et son insertion dans le milieu professionnel.
En Afghanistan, une fois ma licence en génie civil en poche, j’ai trouvé un CDI au sein de l’ONG Afghanistan Institute for Civil Society (AICS), où j’ai travaillé pendant un an et demi. Mais avec l’arrivée des Talibans, les ONG étrangères ont malheureusement toutes fermé. La situation était alors compliquée, tout le monde vivant dans la peur : la première fois que les Talibans étaient venus en 1996, ils avaient tué et emprisonné beaucoup de gens. Avec ma famille, on a fui en Iran.
J’ai ensuite décidé de partir seul pour l’Europe malgré les craintes de ma mère. Je voulais aller dans un endroit où je pourrais poursuivre mes études supérieures. Je suis passé à travers une douzaine de pays sans avoir de papiers : un vrai parcours du combattant…
L’accompagnement par JRS : un toit, des rencontres et du français
À mon arrivée en France, j’étais désemparé : il fallait que je m’adapte à un nouveau système et j’avais beaucoup de difficultés d’intégration. C’est grâce à JRS que j’ai pu trouver mon chemin.
Je me suis senti comme chez moi dans les familles françaises, et j’ai pu améliorer mon français et élargir mon réseau
Au bout de deux mois, j’ai rencontré un compatriote qui m’a fait connaître JRS (service jésuite pour les réfugiés). JRS n’est pas seulement une association, mais un lieu où les réfugiés peuvent trouver un refuge. J’ai eu la chance d’intégrer le programme de familles d’accueil (JRS Welcome), qui m’a permis de trouver un toit alors que j’étais à la rue. Au sein de chaque nouvelle famille française, les gens ont un regard très ouvert sur les migrants. Je me suis senti comme chez moi dans les familles qui m’ont accueilli, j’ai pu améliorer mon français et élargir mon réseau.
JRS France m’a donné également l’opportunité de suivre les cours de l’École de français, de participer régulièrement aux activités artistiques et sportives. Là, j’avais le sentiment de ne pas être isolé.
Du succès dans les études d’ingénieur
Dans ma recherche de formation, j’ai reçu beaucoup de réponses négatives à mes candidatures. J’ai finalement intégré le programme de l’Ecole nationale des Ponts et Chaussées pour les étudiants réfugiés, dont j’ai entendu parler dans ma famille d’accueil et qui permet de suivre des cours spécialisés dans le domaine de l’ingénierie tout en apprenant le français. J’ai ainsi eu la chance de pouvoir débuter des études sans avoir avoir le statut de réfugié, ce qui m’a permis de m’intégrer plus rapidement.
Il a ensuite fallu trouver une place en Master, ce qui était le plus difficile. J’ai réussi à obtenir une place à l’école d’ingénieur de l’INSA de Lille en Master Polytech. A la fin de cette année d’études, j’ai enfin obtenu le statut de réfugié m’offrant la certitude de pouvoir rester en France. Malgré les difficultés, je suis toujours resté optimiste.
La réussite à mon master, ce n’est pas seulement un diplôme, c’est le symbole du courage et de la détermination. J’ai défendu ma capacité d’adaptation et ma résilience face aux difficultés.
Le service de l’université de Lille m’a proposé une bourse. Pour trouver un stage, je suis allé rencontrer chaque entreprise présente lors d’un forum : j’ai défendu ma capacité d’adaptation et de gestion de l’incertitude, ma force de conviction et ma résilience face aux difficultés. J’ai finalement obtenu un stage chez Bouygues Bâtiment Nord Est, une entreprise internationale. J’ai pu soutenir mon projet de fin d’études et le tuteur m’a félicité pour mon diplôme. C’était une belle réussite.
J’ai beaucoup travaillé pour obtenir ce diplôme. Ma mère était vraiment fière de moi lorsque que je l’ai obtenu : “Ce n’est pas seulement un diplôme, c’est le symbole du courage et de la détermination”.
De la résilience pour trouver un emploi
Pour trouver un emploi, j’ai envoyé de nombreux CV avec l’espoir d’être au moins convoqué en entretien pour défendre ma candidature. Mais je n’avais que des réponses négatives. J’ai fini par trouver un poste chez Lorban TP en tant qu’ingénieur travaux, mais comme je n’avais pas mon permis de conduire, je n’ai pas pu être embauché.
Cela demande une résilience et un travail acharné pour réussir
Depuis deux mois, je travaille en intérim comme ingénieur travaux chez Eurovia (filiale de Vinci). Je supervise les chantiers et suis garant de l’avancement des travaux. J’apprends tous les jours et fais mon travail avec qualité, c’est le plus important.
Pour l’instant, je suis en intérim pour gagner ma vie et financer mon permis de conduire. Dès que j’aurai mon permis de conduire, j’aimerais travailler en CDI dans une grande entreprise comme Bouygues ou Vinci.
Une insertion plus difficile des personnes réfugiées
Peu de réfugiés font des études en France. J’ai le sentiment que, dès leur arrivée en France, les réfugiés sont en difficulté. Les obstacles s’accumulent jusqu’à l’obtention d’un travail : apprendre le français, s’intégrer dans une école, trouver un stage, obtenir un diplôme, s’adapter à un système éducatif. Et une fois diplômé, ce n’est pas évident de trouver un travail. Or tant que l’on n’a pas trouvé un emploi, on reste en difficulté. Je pense que c’est plus difficile pour les réfugiés que pour les autres.
J’ai le sentiment que, dès leur arrivée en France, les réfugiés sont en difficulté. Les obstacles s’accumulent jusqu’à l’obtention d’un travail.
J’accueille pour ma part les difficultés l’une après l’autre. Je suis optimiste et je crois qu’un jour la chance viendra à moi. Cela m’apprend à persévérer. Il ne faut pas hésiter à demander de l’aide aux gens que l’on connaît.
Un sentiment d’incompréhension
Lors de l’obtention de mon diplôme, j’ai pensé aux filles de mon pays qui n’ont pas le droit d’aller à l’école, et qui sont enfermées chez elles à cause des Talibans fondamentalistes.
Je sens que mes collègues ne comprennent pas trop le sujet
Quand je raconte mon histoire à mes collègues, c’est tabou. Ils me disent que dans mon pays, il n’y a que les Talibans. Et pourtant, dans mon pays, il y a des hommes et des femmes qui subissent le régime : ils sont les premiers à souffrir de cette situation. Moi aussi je m’inquiète pour mes compatriotes.

