Zaker
Cuisinier dans un restaurant
Zaker
Cuisinier dans un restaurant
témoignage
Mon intégration par le menu
Arrivé d’Afghanistan en août 2022, Zaker obtient le statut de réfugié en avril 2024. Il nous raconte son intégration en France.
En Afghanistan, les études coûtent cher. La plupart des familles ne peuvent se permettre de les financer. Après le lycée, j’ai donc dû chercher du travail pour pouvoir vivre. J’ai décidé de devenir soldat.
Par la suite, j’ai choisi de travailler dans un restaurant à Kaboul. J’ai commencé comme commis de cuisine et suis monté petit à petit pour devenir second. Ces trois années d’expérience m’ont beaucoup plu : j’avais des collègues avec qui j’ai noué des liens forts et je m’entendais bien avec le patron. J’avais alors pour projet d’ouvrir un restaurant.
Je ne pensais pas devoir un jour quitter mon pays, malheureusement ce fût le cas au moment de l’arrivée des Talibans en 2021
Je ne pensais pas devoir un jour quitter mon pays. Malheureusement, au moment de l’arrivée des Talibans en 2021, j’ai été contraint de quitter l’Afghanistan en raison de mon statut d’ancien soldat.
Apprendre le français et se former, facteurs clés d’intégration
En arrivant en France, le soutien d’une famille française m’a aidé dans mon intégration. En janvier 2023, j’ai commencé à apprendre le français chez JRS au sein de l’École de Français. J’ai suivi les cours pendant un an et demi, ce qui m’a permis d’obtenir le niveau A2. Selon moi, le plus important pour s’intégrer professionnellement, c’est l’apprentissage de la langue française.
Ensuite, j’ai commencé une formation de huit mois comme cuisinier au sein de l’association SAWA, que j’ai trouvée grâce à l’accompagnement de JRS. Je savais que je voulais travailler comme cuisinier : je connaissais déjà les bases, mais il me fallait mieux connaître les particularités liées à la gastronomie française (préparation des sauces typiques françaises, découpe des légumes, etc.).
Selon moi, le plus important pour s’intégrer professionnellement, c’est l’apprentissage de la langue française
La formation m’a accueilli en tant que demandeur d’asile : j’avais l’autorisation de séjourner en France mais pas de travailler. J’ai simplement dû passer l’examen attestant de mon niveau A2 en français, que j’ai réussi avec succès.
A la recherche d’un emploi décent
A la fin de la formation, j’ai passé l’examen qui m’a permis d’obtenir le titre professionnel de commis de cuisine. Ce titre a une valeur inférieure au CAP de cuisinier, avec le risque de gagner un salaire moins élevé. Mes démarches pour décrocher le CAP n’ont malheureusement pas abouti.
Quand j’ai terminé la formation de cuisinier, j’ai cherché dans tous les restaurants. J’ai déposé plus de 50 CV ! Avec mon premier contrat, je travaillais trois heures par jour, ce qui ne me convenait pas. Je ne suis resté que trois mois. Dans le deuxième restaurant où j’ai travaillé, le chef pouvait avoir des accès de colère en fin de service : j’ai choisi de quitter ce poste malgré le fait que j’avais signé un CDI avec un bon salaire.
La recherche d’emploi est compliquée, même si chaque situation est singulière. Parmi les personnes que je connais, toutes n’ont pas trouvé de travail : si certains réalisent une formation, d’autres sont en recherche d’emploi.
L’embauche en entreprise d’insertion
C’est grâce à l’association JRS France et à un ami afghan que j’ai finalement trouvé mon emploi actuel. JRS a envoyé ma candidature sur la Plateforme de l’inclusion et mon ami Hassan m’a recommandé auprès du restaurant d’insertion “Bonne Table”. Je me suis déplacé pour déposer mon CV en main propre et j’ai pu rencontrer le responsable. Deux jours plus tard, ils m’ont appelé pour une journée d’essai. Satisfaits du plat que j’ai cuisiné durant cette journée, ils m’ont proposé de débuter un contrat rémunéré au Smic, mais revalorisé par la suite.
Voyant ma motivation et mes compétences techniques, Bonne Table m’a proposé d’évoluer comme chef de partie. Je fais les ouvertures et je donne des directives à mes coéquipiers. Mon envie d’évoluer les a inspirés pour ouvrir en interne “le parcours Monade”. Cela va me permettre de valoriser mes compétences et de trouver un meilleur poste à l’issue de ce contrat.
Dans ce restaurant d’insertion, tout le personnel est d’origine étrangère. Mes collègues connaissent mon histoire et me sollicitent régulièrement pour proposer un plat afghan sur la carte des menus. Je cuisine également de temps en temps un plat de ma tradition culinaire pour le personnel.
Des projets pour l’avenir
Aujourd’hui, je me sens intégré. J’ai un contrat de travail et je suis apprécié dans ce restaurant où je travaille depuis près de deux ans. J’ai un logement privé dans le 15ème et ma femme va bientôt venir en France.
Aujourd’hui, je me sens intégré. J’ai un contrat de travail et un logement privé dans le 15ème
Mon projet serait d’ouvrir un restaurant bistrot en France, avec des plats de différentes traditions culinaires. J’ai un ami qui va acheter un restaurant : il m’a proposé de prendre les rênes en cuisine. Cela n’a pas encore pu se faire parce que je souhaite rester en région parisienne, mais je suis ouvert à ce type d’opportunité pour l’avenir.
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Bonne table accompagne personnellement et professionnellement, sans condition de parcours ou de formation, des personnes réfugiées ayant parfois connu l’exclusion par un parcours de rue ou en raison de difficultés personnelles.


