Service jésuite pour les réfugiés

Service jésuite pour les réfugiés

Publié le : 17/04/2026

6 minutes

point de vue

JRS, un accompagnement global des réfugiés

JRS Emploi et Formation est un programme qui agit pour l’intégration des demandeurs d’asile et des réfugiés, en complément des activités historiques de JRS en matière d’hébergement citoyen.

Le programme JRS Emploi et Formation s’est développé sur la conviction que l’insertion professionnelle des personnes exilées est un levier essentiel pour leur autonomisation et leur intégration au sein de la société française. Le travail joue un rôle clé à plusieurs titres : il leur permet de subvenir à leurs besoins essentiels, mais aussi de participer activement à la vie du pays, notamment par le versement des impôts et cotisations sociales. Il est également une source de fierté, d’épanouissement. Il redonne confiance en soi, il nourrit un sentiment d’utilité sociale et permet de retisser des liens au sein d’une communauté professionnelle. Le travail va de pair avec la dignité retrouvée.

Ecouter pour accompagner

Le programme JRS Emploi et Formation vise à accompagner les personnes dans leur parcours professionnel, en les aidant à poser des choix réalistes, sans considérer comme définitif et irrémédiable leur déclassement professionnel — très fréquent, en écoutant leurs désirs et en leur redonnant une capacité de projection.

Le travail nourrit un sentiment d’utilité sociale et permet de retisser des liens au sein d’une communauté professionnelle. Il va de pair avec la dignité retrouvée.

Certaines personnes souhaitent travailler dès que possible et acceptent des emplois peu qualifiés, parfois éloignés de leurs compétences formelles ou informelles antérieures. D’autres souhaitent valoriser leurs compétences : JRS France les accompagne dans la reconnaissance de leur diplôme et la reprise des études, malgré les nombreux obstacles rencontrés. C’est en particulier le cas du programme Health Track dédié aux médecins ou autres professionnels de santé réfugiés qui se heurtent à la non-reconnaissance de leur diplôme ou à de nombreux obstacles administratifs qui les empêchent d’exercer en France.

Des obstacles à lever

Les obstacles auxquels sont confrontées les personnes en situation de migration dans leur parcours d’intégration professionnelle sont nombreux :

  • Non-maîtrise de la langue : 35 % des réfugiés ne parlent pas du tout français un an après l’obtention de leur statut ; 19 % n’ont jamais appris à lire et écrire ou ont appris tardivement [1]
  • Manque d’information : méconnaissance du travail français, et manque de maîtrise des codes socio-professionnels, comme des normes de communication en milieu professionnel.
  • Freins à l’emploi : mobilité, santé, accès au logement, parentalité, garde d’enfant, hébergement, difficultés administratives.
  • Déclassement professionnel : passage d’un statut de cadre ou d’indépendant à celui d’ouvrier ou d’employé, et ce pour une majorité de personnes exilées issues de milieux socioprofessionnels privilégiés ; les diplômes des professions réglementées — médecin, infirmier, avocat ou encore plombier — ne font en effet pas l’objet d’équivalence (plus de 230 métiers qui sont concernés par cette restriction).

Tandis que l’obtention du statut de réfugié autorise à travailler, l’accès au marché de l’emploi reste limité pour les personnes en demande d’asile, sauf sous certaines conditions aujourd’hui très restrictives (avec trois conditions : avoir introduit leur demande d’asile depuis plus de six mois, avoir obtenu une promesse d’embauche et travailler sur un métier en tension). Plusieurs mois (parfois années) peuvent ainsi s’écouler entre l’arrivée en France et l’obtention de la protection internationale.

Des leviers pour faciliter l’intégration par le travail

JRS plaide pour l’apprentissage du français dès la demande d’asile, comme enjeu de dignité humaine et d’efficacité pour la politique d’intégration. C’est un prérequis nécessaire à l’accès au travail, aux formations professionnelles ou à la poursuite d’études à tous les niveaux. Mais jusqu’à l’obtention de la protection internationale, l’Etat ne propose pas de cours de français. JRS, comme d’autres associations, essaient de pallier à cette carence en proposant des cours de français ou du mentorat linguistique.

La valorisation des compétences professionnelles est un autre élément clé d’intégration. Les personnes exilées ont la possibilité de faire reconnaître leurs diplômes étrangers en dehors des professions réglementées. L’obtention de l’équivalence du baccalauréat ouvre l’accès à la reprise d’études, permettant l’obtention d’un diplôme français ainsi que la constitution d’un réseau et d’expériences en France (stages, alternance…).

À l’obtention du statut, les réfugiés peuvent être confrontés à l’injonction de trouver un travail, non seulement pour obtenir un logement mais également pour subvenir à leurs besoins. Ils n’ont alors pas le temps ni la sécurité matérielle pour reprendre des études.

Un rôle à jouer par les entreprises

Les entreprises ont également un rôle important à jouer en accueillant des personnes en stage ou en emploi sur des postes à tous niveaux de qualification, le plus tôt possible. L’immersion en entreprise dès la demande d’asile est possible grâce à la possibilité d’effectuer des “périodes de mise en situation en milieu professionnel” (PMSMP). Ces immersions courtes d’une semaine à deux mois permettent de découvrir le monde du travail en France, de conforter un projet professionnel et de faire valoir ses compétences.

Dans certains cas, des employeurs initient des démarches de recrutement, via une demande d’autorisation de travail, offrant ainsi aux personnes concernées la perspective d’un emploi stable et digne. Les structures d’insertion par l’activité économique proposent des contrats d’insertion adaptés aux personnes éloignées de l’emploi — auquels les réfugiés sont éligibles. C’est une bonne manière de mettre le pied à l’étrier pour les personnes à travers la signature d’un CDD d’insertion de 24 mois maximum.

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En 2024, la France accueillait près de 600 000 réfugiés (chiffre global des personnes placées sous protection de la France d’après l’OFPRA), auxquels s’ajoutaient environ 70 000 personnes déplacées d’Ukraine. Les trois principales nationalités de réfugiés résidant sur le territoire français sont les Afghans, les Ukrainiens et les Syriens. D’après les chiffres de l’Insee : parmi les réfugiés arrivés en 2018 en France, 64 % en emploi en 2019 et 73 % en 2020. Cette population est jeune (63 % des réfugiés ont moins de 30 ans), mais peut manquer de qualifications (43 % n’ont pas de diplôme).

[1] Chiffres de TENT France coalition de 45 entreprises qui se mobilisent pour aider les personnes réfugiées à intégrer le marché du travail par le biais de la préparation à l’emploi et de l’embauche.

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