Publié le : 17/12/2025

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Made in France

Festival d’Avignon off. Théâtre de la Renaissance (Paris) du 29 septembre 2025 au 5 janvier 2026

Samuel Valensi | Paul-Eloi Forget

Dans un pari sacrément audacieux, et totalement réussi, la compagnie « La poursuite du bleu » invente un nouveau genre théâtral qu’on pourrait dénommer « farce économique » : soit du grand théâtre populaire où l’on est happé par l’histoire, où l’on rit constamment, et où l’on réfléchit toujours.

Loin du théâtre – pamphlet, où se commettent parfois des conférenciers dont la démonstration ne consiste qu’à décrédibiliser l’adversaire, ou des approximations parfois navrantes d’un certain théâtre engagé, « Made in France » raconte, et drôlement, les ravages absurdes du discours d’une classe politique ne voyant dans l’économie qu’un moyen de se maintenir au pouvoir, tout en se reconnaissant impuissante à arrêter une machine emballée qu’elle alimente constamment.

Soit l’histoire d’un prisonnier qui obtient un régime de semi-liberté avec un contrat de travail dans une usine. Hélas, son premier jour de travail est aussi celui où l’actionnaire du groupe qui détient l’usine enjoint son patron d’annoncer un plan social massif et la fermeture prochaine d’un outil de travail pourtant rentable. La menace de grève qui s’ensuit signifierait pour le prisonnier un retour immédiat en maison d’arrêt. Il est donc prêt à tout pour empêcher cette grève, y compris d’accepter qu’on le prenne pour le porte-parole de l’actionnaire puis pour le délégué syndical des salariés. Les identités se défont au gré des quiproquos, pendant qu’au sommet de l’État, on cherche indifféremment un repreneur pour l’usine, les moyens d’une faillite discrète, ou les éléments de langage justifiant une nationalisation, au gré des stratégies électorales de chacun.

C’est truculent, c’est hilarant, le rythme ne faiblit pas une seconde, tous les comédiens, dans plusieurs rôles, sont d’une précision et d’une énergie sans faille. Si l’analyse des rouages économiques est simplifiée, elle n’est jamais simpliste : le spectacle est enthousiasmant, la fable donne à réfléchir. A l’issue du spectacle, Samuel Valensi rend hommage au député Olivier Marleix, tragiquement disparu cette semaine, qui l’avait reçu trois heures pendant la préparation du spectacle, fort de sa connaissance du dossier Alcatel-Alcatel-Alsthom, sans pour autant dissimuler leurs divergences d’opinion. Ensuite, la troupe distribue des billets de « petite coupure », une monnaie locale à destination des commerces engagés. La compagnie est par ailleurs fortement impliquée dans des démarches en faveur de l’écologie, la parité, la lutte contre les inégalités de revenus.

Antoine Bing

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