Joëlle Nicolas Randegger

Pédiatre et humanitaire

Martin Rott

Juriste

Joëlle Nicolas Randegger

Pédiatre et humanitaire

Martin Rott

Juriste

Publié le : 05/03/2026

4 minutes

point de vue

Disputatio — À propos de l’immigration

L’accueil et l’intégration des immigrés sont des points qui crispent régulièrement les débats. Une confrontation dans le respect, argument contre argument.

Cet article, publié le 11 février sur l’Œil de Réforme, est reproduit avec l’autorisation de l’hebdomadaire Réforme. « L’Œil de Réforme » est un billet quotidien sur l’actualité où s’exprime la communauté protestante dans sa diversité (pour s’abonner à la newsletter, cliquez ici).

Oui au travail des immigrés !

Les rafles d’immigrés aux États-Unis et la hausse des violences et atteintes à la dignité envers les personnes étrangères en France, dénoncées par la Cimade, me remplissent de honte et d’effroi. Pas vous ? Indignons-nous à haute voix et inspirons à nos élus et nos concitoyens un autre regard et une autre stratégie que cette politique inhumaine !

Imaginons par exemple les avantages que procurerait une mesure très simple : ouvrir le marché du travail aux migrants dès qu’ils posent le pied en France, offrir une régularisation automatique des personnes recrutées.

Les voici. Moins de charges d’assistanat et plus de recettes d’impôts et de cotisations sociales pour l’État. Moins de personnes à loger dans les hôtels miteux ou en centres d’hébergement. Moins de proies faciles pour les réseaux de la drogue et de la prostitution, donc plus de sécurité. Intégration rapide par une immersion précoce dans la langue et la culture française. Résorption de la tension sur des emplois recherchés dans plus de trente métiers.

Apport de compétences dans le domaine de la santé, l’informatique, la recherche, etc. « Réarmement démographique » par l’arrivée de travailleurs et de familles capables de rééquilibrer les régimes de retraite. Ponts renforcés avec les familles d’origine bénéficiant des transferts d’argent, profitant au développement de leur pays et à nos marchés.

Et pour nous, Français, fierté de reconstruire une société généreuse et solidaire, en accord avec les hautes valeurs de la République, inspirées du christianisme et des Lumières : liberté de circuler, de travailler et d’entreprendre, égalité des droits au travail, au logement, à l’éducation, et mains tendues à nos frères dans l’adversité. Offrir cette chance aux immigrés, n’est-ce pas un bénéfice et une bénédiction pour tous ?

Joëlle Nicolas Randegger

Réponse

Selon le rapport de la Banque mondiale publié le 13 janvier 2026, 1,2 milliard de personnes entre 15 et 24 ans vont entrer sur le marché du travail d’ici à 2035 dans les pays en développement. La conséquence inéluctable en est une vague migratoire vers les pays développés, y compris la France. Or en France le taux de chômage est actuellement de 7,9% et monte à 21,5% chez les 15–24 ans, avec une tendance à la hausse.

La conjugaison de ces deux facteurs rend illusoires les avantages économiques que ce billet attribue à l’ouverture du marché du travail aux migrants. Peu d’entre eux trouveront un emploi stable et encore moins ceux qui vont arriver. Mais ils resteront en France comme demandeurs d’emploi à la charge des comptes sociaux.

Les déséquilibres économiques, sociaux et écologiques provoqués par les migrations auraient pu être évités si l’on avait écouté la mise en garde du Rapport Meadows de 1972 contre la croissance illimitée de la consommation individuelle et de la population mondiale. En 2026, l’aveuglement mondial sur nos limites continue.

Vanter les avantages économiques pour la France d’un « réarmement démographique » revient à soutenir cette croissance, alors que chaque semaine les inondations nous rappellent les méfaits d’une artificialisation des sols due à la surpopulation.

L’humanitaire dont se réclame l’auteure ne saurait s’affranchir ni de lucidité ni d’honnêteté intellectuelle. Sinon, il risque de n’être qu’une charité aux frais d’autrui. Bonhoeffer mettait en garde contre une telle bonté à bon marché dans Résistance et soumission : « L’être intelligent discerne […] les limites infranchissables constituées par les lois immuables qui ordonnent la vie commune des hommes ; par ce discernement, l’homme intelligent agit bien, et l’homme bon intelligemment. »

Martin Rott

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