Gilles Garczynski

Ancien DRH adjoint du Groupe Safran (2018–2024), ancien DRH de Safran Landing Systems (2012–2018), de la Division Navale de Thales (2005–2010) et d’Astrium France (Groupe Airbus, 1998–2003).

Gilles Garczynski

Ancien DRH adjoint du Groupe Safran (2018–2024), ancien DRH de Safran Landing Systems (2012–2018), de la Division Navale de Thales (2005–2010) et d’Astrium France (Groupe Airbus, 1998–2003).

Publié le : 20/02/2026

6 minutes

témoignage

De DRH à bénévole auprès de réfugiés, l’engagement de Gilles Garczynski

Que pouvons-nous faire pour faciliter l’insertion professionnelle des personnes réfugiées ? Ancien DRH de grandes entreprises industrielles, Gilles Garczynski témoigne de son engagement au sein du service jésuite pour les réfugiés (JRS).

Après avoir hébergé en famille des demandeurs d’asile dans le cadre du programme Welcome de JRS depuis 2022, le moment était venu début 2025, à la veille de mon départ en retraite, de choisir de nouvelles activités qui raisonnent avec mes convictions et mes compétences.

Prendre un engagement solidaire et citoyen

Mon parcours de 40 ans de DRH dans l’industrie m’a préparé à un rôle d’accompagnement dans la construction de parcours professionnels. JRS m’a donc proposé d’intégrer l’équipe en charge de l’emploi et de la formation à destination des demandeurs d’asile et réfugiés, enjeux-clés pour la réussite de l’intégration. L’équipe se réunit tous les mercredis et accompagne individuellement ceux qui en ont besoin pour les guider et les préparer à une formation, un stage, un emploi, une demande d’équivalence de diplôme, une reprise d’études etc.

Notre rôle est de développer une approche sur-mesure dans un climat d’écoute et de considération mais aussi de rigueur

Notre engagement s’inscrit dans la durée car les situations sont très diverses et souvent complexes : les projets professionnels de chacun sont plus ou moins construits, dans des métiers inégalement recherchés en France, avec des niveaux d’étude parfois très faibles. La pratique du français est inégale et très différenciante pour accéder à un emploi ou une formation. Les problématiques de logement ou charges de famille rendent les dossiers plus ou moins urgents. Il y a aussi pour les bénévoles beaucoup à apprendre sur les droits relatifs aux statuts de demandeurs d’asile ou de réfugiés, l’organisation de notre administration du travail, les apports des différentes associations d’insertion ou encore l’usage de la « plateforme de l’inclusion » qui offre un outil numérique mutualisé pour fluidifier les parcours d’insertion.

Notre rôle est de développer une approche sur-mesure dans un climat d’écoute et de considération mais aussi de rigueur. Après un tel déracinement de leur pays d’origine, c’est un challenge motivant de les aider à se projeter dans un futur professionnel quelque soit leur niveau d’études, origine sociale ou nationalité. C’est aussi un témoignage de ce que la France peut apporter de meilleur en terme d’accueil de l’autre et de la différence !

Un bon « fit » !

Ma connaissance des attentes des employeurs et de la situation du marché du travail dans différents secteurs des services ou de l’industrie, mes réseaux professionnels et aussi un peu de créativité sont bien sûr utiles pour aider à l’orientation.

C’est dans la rencontre que vient l’enrichissement mutuel. Je n’imaginais pas avoir autant envie de trouver une solution concrète pour chacun

Mais c’est dans la rencontre que vient l’enrichissement mutuel. Il y a une sorte de « déclencheur » à la suite d’un premier échange : je n’imaginais pas avoir autant envie de trouver une solution concrète pour chacun et être prêt à y passer tout le temps nécessaire ! Voici quelques exemples d’accompagnement :

  • Un profil senior, ancien officier et diplomate ukrainien, chargé de famille, ne voulait bénéficier d’aucune aide financière de la France ; il prend rapidement des remplacements en tant que surveillant d’école avant d’obtenir un CDI temps plein d’éducateur.
  • Une jeune femme syrienne ayant fait des études d’ingénierie dans le domaine médical va rencontrer des employeurs potentiels, grands groupes de la Santé ou des technologies médicales, en vue d’un stage ou d’un apprentissage accompagnant une candidature à la reprise d’études en Master 1 pour laquelle je servirai de référent.

Les bénéfices de l’emploi de réfugiés

Soyons directs ! Face à un certain entre-soi que nous aimons cultiver en France ou la tendance à recruter des « clones », les réfugiés apportent souvent une vision différente, riche de leur parcours et de leur culture. Le travail en équipe et l’esprit de solidarité s’en trouvent stimulés. Les réfugiés ont aussi une autre expérience de la résilience et de la gestion de l’incertitude que nous !

Les réfugiés apportent souvent une vision différente, riche de leur parcours et de leur culture. Ils ont aussi une autre expérience de la résilience et de la gestion de l’incertitude que nous.

Au-delà de leur contribution au « mieux– vivre ensemble » et de leurs compétences spécifiques, l’emploi des réfugiés répond également aux problèmes d’attractivité de certains secteurs clés : santé, soins/aide à domicile, réparation automobile, cuisine, bâtiment (maçons, coffreur-boiseurs…) et dans l’industrie, où j’ai pu clairement l’observer : usinage, soudage et chaudronnerie. La stabilité nouvellement acquise par les réfugiés permet aussi de répondre à un turn-over parfois élevé dans ces professions.

Lire aussi : L’inclusion des réfugiés, véritable levier pour les entreprises

Dans l’industrie, pour les jeunes à partir de 15 ans mais aussi les actifs en reconversion et éloignés de l’emploi, le développement des Ecoles de production est très encourageant :

  • Safran a investi à de multiples reprises ces dernières années dans ces établissements d’enseignement technique qui ont la particularité d’offrir des cours théoriques et des mises en application sur des commandes réelles des entreprises locales. Trois exemples : dans le Béarn, CAMI Aéro forme 50 personnes par an aux métiers de l’usinage (tourneur, fraiseur, rectifieur) sur des pièces de moteur. 60% sont en reconversion professionnelle validant un titre pro ou un CQPM – certificat qualification paritaire de la Métallurgie- et 40% valideront un bac pro. Les débouchés sur ces métiers en tension chez Safran Helicopter Engines et ses sous-traitants sont nombreux.
  • Près d’Oloron Sainte-Marie, Safran Landing Systems a ouvert en septembre 2025 une école industrielle pour des élèves de seconde et première qui seront embauchés sur le site de Safran à Bidos. Enfin Safran Aerosystems est co-fondateur de l’école O’Tech à Compiègne qui forme depuis 2021 des profils très différents aux métiers de chaudronnier et usineur.

Lire aussi : A l’école de production de Sénart, la pédagogie ignatienne en pratique

Les opportunités sont nombreuses et les réfugiés sont à même par leur capacité d’adaptation de nous impressionner et de générer autour d’eux de la cohésion et de la motivation ! Vous aussi, dans vos rôles respectifs, vous pouvez peut-être vous engager et leur proposer une ouverture sur des stages ou des emplois.

Pour en savoir plus sur les écoles de production et Safran : CAMI aero ; TF1 ; Écoles de production : apprendre un métier autrement

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