Jean-Charles Hourcade

Directeur de recherche CNRS, auteur du rapport de synthĂšse du 6e rapport du GIEC

Jean-Charles Hourcade

Directeur de recherche CNRS, auteur du rapport de synthĂšse du 6e rapport du GIEC

PubliĂ© le : 29/09/2024

3 minutes

analyse

Climat : Ă©viter une pastorale de la peur

Climat rime avec Ă©co-anxiĂ©tĂ©, impuissance mais aussi refus de contraintes. Pour Jean-Charles Hourcade, les conflits d’urgence entre pays du »Nord » et ceux du « Sud » doivent ĂȘtre remis en perspective pour enclencher de nouvelles dynamiques de coopĂ©ration.

L’ambiance autour des enjeux climat est faite d’éco-anxiĂ©tĂ© pour une partie de la jeunesse, de sentiment d’impuissance devant le report de certaines mesures ou la relance du charbon mais aussi de refus de tant de contraintes, la France ne reprĂ©sentant que 1 % des Ă©missions mondiales. Et les divisions sont mĂ©diatiquement mises en scĂšnes (le nuclĂ©aire, l’aĂ©rien, l’agriculture, “l’écocide” de TotalEnergies). La punchline mĂ©diatique, “le GIEC dit qu’il faut limiter le rĂ©chauffement Ă  1,5 ° C, sinon c’est la catastrophe ; mais les solutions sont sur la table et tout est affaire de volontĂ© politique”, y est pour quelque chose.

Elle a rĂ©veillĂ© les consciences mais ouvert la voie Ă  de multiples injonctions mobilisant une pastorale de la peur et des postures name and shame que certains vivent comme un dĂ©sir de dictature Ă©clairĂ©e, d’oĂč peut-ĂȘtre le succĂšs du livre de Christian GĂ©rondeau sur la “science-fiction du GIEC”.

Un dangereux conflit d’urgence climat/pauvretĂ©

Or, si on suit la synthĂšse du sixiĂšme cycle du GIEC, substituer 1,5 °C au “well-below 2 °C” de l’Accord de Paris n’est pas justifiĂ© : les scĂ©narios visant 1,5 °C et ceux visant 2 °C ont le mĂȘme pic de tempĂ©rature Ă  1,7 °C vers 2080, pour retomber Ă  1,4 et 1,6 °C en 2100. Les seconds donnent 2075 comme date de neutralitĂ© carbone au lieu de 2050, du temps nĂ©cessaire pour absorber la hausse des prix des Ă©nergies, maĂźtriser les innovations et sortir du consumĂ©risme mais surtout pour Ă©viter un dangereux conflit d’urgence climat/pauvretĂ© : l’objectif de 1,5 °C strict interdit l’exploitation de nouveaux gisements d’hydrocarbures alors qu’on ne peut fournir aujourd’hui des alternatives Ă  un coĂ»t qui ne fasse pas exploser la facture Ă©nergĂ©tique des 3,8 milliards d’humains vivant avec moins de 6,85 $ par jour.

Si les pays du ‘Sud’ laissĂ©s Ă  eux-mĂȘmes devaient arbitrer entre des coĂ»ts immĂ©diatement tangibles pour leur population et les bĂ©nĂ©fices de 0,2 °C en moins de rĂ©chauffement en 2100, leur choix serait Ă©vident et on atteindrait des hausses de tempĂ©ratures de 3 °C avec des dommages dĂ©rapant au-delĂ  des capacitĂ©s d’adaptation sans heurt des sociĂ©tĂ©s.

Une coopération financiÚre souhaitable

Pour Ă©viter que ces pays du ‘Sud’, oĂč 60 % des investissements bas carbone devraient ĂȘtre opĂ©rĂ©s, fassent ce choix, il faut rĂ©duire les coĂ»ts financiers qui bloquent des projets aujourd’hui viables via des garanties publiques accordĂ©es par le ‘Nord’ dans un cadre multilatĂ©ral et l’émission par le systĂšme financier d’obligations gagĂ©es sur ces projets que pourra acheter un jeune cadre inquiet pour sa retraite, de prĂ©fĂ©rence Ă  des placements immobiliers et fonciers.

Faire de l’enjeu climat un horizon pacificateur

Le dĂ©fi climatique nous invite Ă  “scruter nos dĂ©sordres” (E. Mounier) et non Ă  creuser ou inventer des lignes de division qui retardent l’action. Il demande de dĂ©battre d’une plate-forme minimale pour Ă©tablir un cercle de confiance entre des pays en conflits latents – voire ouverts – autour de la transition bas carbone comme moyen de rĂ©pondre Ă  leurs urgences immĂ©diates et d’enclencher de nouvelles dynamiques de coopĂ©ration porteuses de gains rĂ©ciproques. Faire de l’enjeu climat un horizon pacificateur dans le monde tel qu’il est, et non dans le monde parallĂšle des prophĂštes du malheur, voilĂ  de quoi dĂ©tourner les jeunes français de la fascination pour le no future.

 

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