25 mai 2025

Dans les années 1891–92, un jeune jésuite qui n’était pas encore prêtre, Henri-Régis Pupey-Girard, faisait un stage de maître d’internat à l’Ecole Sainte-Geneviève auprès des étudiants qui préparaient les concours d’entrée dans les grandes écoles de l’époque. C’est là que naquit en lui l’idée de fonder pour les ingénieurs une association comparable à celles qui réunissaient déjà des jeunes ouvriers.


Il s’adressa Ă  certains de ses Ă©lèves qui venaient d’être admis Ă  l’Ecole Centrale ainsi qu’à d’autres, issus de promotions plus anciennes, et leur proposa de se rĂ©unir pour faire retraite Ă  la Maison Manrèse de Clamart. Au terme de trois jours de prière, le projet fut soumis aux vingt-cinq retraitants : — de constituer l’embryon d’une union dite “de prière et d’apostolat” ; — et de faire de ce groupe le noyau d’un organisme social et professionnel qui s’appellerait “l’Union des IngĂ©nieurs Catholiques” (UIC). Une charte fut Ă©laborĂ©e et approuvĂ©e par les retraitants qui allaient devenir les premiers adhĂ©rents de l’Union.

1906 Naissance de l’USIC

Non sans tâtonnements, l’UIC va grandir et se transformer en 1906, après les lois de sĂ©paration de l’Eglise et de l’Etat, en une association qui s’appellera “l’Union Sociale des IngĂ©nieurs Catholiques” (USIC). Elle comprendra deux types de membres : les “stagiaires”, Ă©lèves ingĂ©nieurs encore en formation, et les ingĂ©nieurs proprement dits, entrĂ©s dans la vie active. Organisation de type syndical — la forme associative jugĂ©e Ă  l’époque la plus pratique — l’USIC n’entre pas pour autant dans la logique de la lutte des classes qui avait Ă©tĂ© la grande hantise du catholicisme social de la fin du XIXe siècle. Elle a vocation d’aider ses membres Ă  prendre conscience de la dimension sociale de l’activitĂ© Ă©conomique, d’intĂ©resser ses adhĂ©rents Ă  ce qu’on appelle Ă  l’époque “la question sociale”, c’est-Ă -dire Ă  tout ce qui humanise ou dĂ©shumanise l’homme dans l’entreprise. Pour correspondre Ă  cette visĂ©e, l’USIC va proposer Ă  ses membres des thèmes de recherche (la rationalisation de la vie Ă©conomique, l’autoritĂ© dans l’industrie, le chĂ´mage…) et une mĂ©thode de travail conduisant Ă  analyser d’abord tous les Ă©lĂ©ments des problèmes Ă©tudiĂ©s, puis Ă  porter un jugement sur les pratiques repĂ©rĂ©es et leurs effets sur les personnes, Ă  Ă©laborer enfin des propositions qu’on appellera la doctrine de l’USIC, avec pour objectif, prĂ©cise une note de l’époque, que “l’esprit chrĂ©tien pĂ©nètre peu Ă  peu dans les milieux dont les membres de l’USIC ont la responsabilité”. Dans la fidĂ©litĂ© Ă  l’Eglise, mais sans se contenter de rĂ©pĂ©ter son enseignement, l’USIC a ainsi tenu Ă  dire une parole spĂ©cifique, Ă  parler sous sa propre responsabilitĂ© d’association de laĂŻcs chrĂ©tiens.

1937 Le MICIAC

A partir de 1936, de l’intĂ©rieur de l’USIC, vont commencer Ă  se faire entendre des voix qui mettent davantage l’accent sur la prise en compte des situations vĂ©cues — une nouvelle requĂŞte qui rejoignait les perspectives de l’Action Catholique. C’est ainsi qu’en 1937 va naĂ®tre dans l’orbite de l’USIC un nouveau mouvement. Il comprendra deux branches, celle des cadres et celle des dirigeants, et s’intitulera le MICIAC : Mouvement des IngĂ©nieurs et Chefs d’Industrie l’Action Catholique. Sans rĂ©cuser l’hĂ©ritage de l’USIC, le MICIAC se propose des objectifs d’une certaine manière plus ambitieux : il ne s’agit pas seulement de moraliser la sociĂ©tĂ© Ă©conomique, il faut Ă©galement la rechristianiser. Aussi met-il l’accent sur la rĂ©alitĂ© quotidienne oĂą il faut agir en chrĂ©tien, plus que sur l’élaboration d’une doctrine sur les grands problèmes sociaux. La vie en Ă©quipe devient le lieu privilĂ©giĂ© oĂą des hommes engagĂ©s dans le monde Ă©conomique viennent s’aider mutuellement Ă  vivre leur foi dans l’exercice de leurs responsabilitĂ©s. Agissant dans leur vie professionnelle “selon l’Eprit de justice et de charitĂ© qui est l’Esprit du Christ lui-mĂŞme”, les membres du MICIAC “laisseront Ă  Dieu le soin de faire fructifier ce tĂ©moignage”. Tel est le langage que tenait le MICIAC en ses commencements. Il diffère de celui de l’USIC, mais il connaĂ®tra lui aussi des Ă©volutions. Au fil des annĂ©es, le MICIAC parlera, en effet, de moins en moins de sa mission en terme de rechristianisation : une autre vision des choses va progressivement Ă©merger qui saura reconnaĂ®tre l’Esprit Ă  l’œuvre, mĂŞme dans ce monde oĂą gagne l’incroyance, oĂą la foi en Dieu n’est pas confessĂ©e. C’est ce qu’exprimera plus tard Vatican II dans Gaudium et spes : “l’Eglise sait, dit le Concile, que l’homme est sans cesse sollicitĂ© par l’Esprit de Dieu”. Ainsi, dans ce monde mĂŞlĂ© de bien et de mal, l’Esprit fait signe et les signes sont Ă  scruter. Le MICIAC dans son ensemble a vraiment conçu sa mission dans cette ligne que le Concile devait mettre en pleine lumière.

1965 Un hĂ©ritage pour aujourd’hui : le MCC

Lorsqu’en 1965, le Mouvement des Cadres, Ingénieurs et Dirigeants Chrétiens, le MCC, naît de la fusion de l’USIC et du MICIAC, il en recueille le double héritage — deux héritages qui se rejoignent sur de nombreux points. Trois d’entre eux gardent toute leur actualité et méritent d’être soulignés

2025 Eccleria nouveau nom du mouvement, Eccleria pour Ă©clairer nos vies professionnelles !

Eccleria Ă©voque en premier lieu le verbe Ă©clairer. Dans les rĂ©unions qui, chaque mois, sont le cĹ“ur vivant de notre mouvement, nous cherchons dans l’écoute et le partage d’expĂ©riences, Ă  nous Ă©clairer les uns les autres, Ă  Ă©clairer nos dĂ©cisions et faire en sorte qu’elles concilient nos valeurs chrĂ©tiennes et nos enjeux professionnels.Cet exercice de discernement collectif, inspirĂ© de la pĂ©dagogie de Saint Ignace, est facilitĂ© par la prĂ©sence de nos accompagnateurs spirituels. Cette relecture en Ă©quipe nous aide Ă  Ă©clairer nos chemins de vie pour servir le bien commun Ă  la lumière de l’enseignement social de l’Église.
Bref Ă  dĂ©cider en chrĂ©tien, comme l’exprime notre signature.Notre nom Eccleria rappelle aussi les premières communautĂ©s chrĂ©tiennes qui se rĂ©unissaient chez elles â€” les Domus Ecclesiae, Ă©glises Ă  la maison — comme le font aujourd’hui nos Ă©quipes.