Myriam Bodelle

Formatrice en sensibilisation et premiers secours en santé mentale, bénévole au sein de l'Union nationale des familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques

Myriam Bodelle

Formatrice en sensibilisation et premiers secours en santé mentale, bénévole au sein de l'Union nationale des familles et amis de personnes malades ou handicapées psychiques

Publié le : 26/07/2026

7 minutes

témoignage

L’information et la formation sur la santé mentale sont essentielles

Formatrice en sensibilisation et premiers secours en santé mentale, Myriam Bodelle partage avec nous son expérience du rétablissement et ses raisons d’espérer.

 

Qui sont les personnes en souffrance psychique que vous rencontrez ?

J’ai découvert la souffrance psychique et sa gravité à travers la maladie de mon fils. Puis, j’ai rencontré de nombreuses personnes concernées. Aujourd’hui, je peux dire que toute la population peut être touchée, tous les âges, tous les profils, tous les genres, toutes les catégories socio-professionnelles ! Cela commence par un mal-être que l’on ne comprend pas soi-même, puis le soin va dépendre de la capacité de la personne à avoir conscience de son problème, de l’exprimer, de le reconnaitre, de l’accepter puis de le prendre en charge.   

Toute la population peut être touchée, tous les âges, tous les profils, tous les genres, toutes les catégories socio-professionnelles 

Quelles sont les principales causes de leur souffrance ?

La souffrance psychique est d’origine multifactorielle. On parle de modèle “bio-psycho-social », ce qui veut dire des causes individuelles (liées à la personne) et sociales ou environnementales. Notre santé mentale ne dépend pas que de nous, de notre tempérament et de ce que nous avons vécu enfant, comme on le croit trop souvent.

Elle se consolide ou se détériore en fonction de nombreux facteurs. Certains sont propres à notre personne – notre personnalité, notre capacité à gérer nos émotions, notre estime personnelle, les événements marquants de notre existence (deuils, séparations, maladies, licenciement…) – d’autres sont liés à la société et à l’environnement dans lequel nous vivons : conditions de travail, de logement, de sécurité, niveau de vie, accès aux soins, le niveau de solidarité dans la société, la culture dans laquelle nous évoluons, les éventuelles discriminations subies, les traumatismes, etc.  

L’évolution des conditions de travail en est-elle une ?

Bien sûr, la performance, le reporting, l’autonomie (au sens « do it yourself »), la rentabilité, tout le système productiviste, « croissanciste », consumériste, que l’on retrouve maintenant aussi dans la fonction publique, fait perdre le sens du travail aux personnes.  

Comment amener ces personnes à accepter de se faire accompagner ? 

La déstigmatisation, la formation et l’information de tous et toutes est essentielle. Qui sait aujourd’hui que le gouvernement a décrété la santé mentale « grande cause nationale » en 2025 et 2026 ? 

Les résistances peuvent être personnelles – le mal-être, mais aussi la honte, la peur du jugement, du regard des autres, le déni d’eux-mêmes mais aussi de l’entourage, qu’il soit familial, amical ou professionnel, mais aussi sociétal, environnemental : l’isolement, le non accès aux soins, l’indisponibilité des soignants (ces personnes ont besoin d’écoute tout autant voire plus que de médicaments), les coûts de prise en charge, les délais d’attentes, le manque de lits, le manque de place dans les structures d’accueil, sanitaires, sociales ou médico-sociales. Et les résistances de la société génèrent ou accroissent les leurs.  

Les freins à la prise en charge sont particulièrement nombreux. C’est un long parcours que tout le monde ne fait pas. Une personne ayant des ressources individuelles (ou collectives telles que l’entourage familial, amical et/ou professionnel) peut s’adapter au prix d’un effort et d’une énergie que l’on peut qualifier de surhumains par rapport à sa pathologie. D’autres n’ont pas ces ressources.

Les soins en santé mentale sont les plus défavorisés dans notre société alors qu’ils sont en croissance vertigineuse. Et je suis préoccupée pour les générations à venir.

Quel type d’accompagnement proposez-vous ?

Je forme à plusieurs niveaux : tout d’abord les familles de personnes concernées, parce que j’ai appris à l’Unafam qu’un aidant formé et accompagné soutiendra et comprendra mieux son proche malade.  C’est ce que je transmets en tant que bénévole.

Je forme aussi des fonctionnaires territoriaux sur deux volets : une sensibilisation sur ce qu’est la santé mentale, et les premiers secours en santé mentale. Certaines entreprises et des CSE (Comité Social et Economique) m’ont aussi fait intervenir. 

Nous pouvons aider les personnes en souffrance psychologique en s’informant, en se formant, en faisant en sorte qu’elles se sentent accueillies telles qu’elles sont. Nous connaissons leur rythme, et l’importance d’un pas après l’autre. La confiance que nous avons en eux les aide aussi.  

Nous pouvons aider les personnes en souffrance psychologique en s’informant, en se formant, en faisant en sorte qu’elles se sentent accueillies telles qu’elles sont.

Certains s’en sortent-ils définitivement ?

La bonne nouvelle, c’est que les dégradations de la santé mentale évoquées ci-dessus sont réversibles. Le domaine de la santé mentale n’utilise pas le terme « définitivement » : nous parlons de rétablissement. Se rétablir n’est pas synonyme de guérir. Selon ses besoins, la personne rétablie d’un trouble psychique peut continuer à bénéficier de soins tels qu’une psychothérapie, la prise de médicaments. Elle peut s’appuyer sur des dispositifs d’accompagnement. Le trouble est toujours présent, mais il n’empêche pas la personne de faire des projets.

Il n’existe pas une manière unique de définir le rétablissement. Larry Davidson, professeur de psychiatrie à l’université de Yale aux USA, le décrit comme “une attitude, une manière de vivre, un sentiment, une vision, ou une expérience plutôt qu’un retour à la normalité ou la santé”. Il s’agit, pour la personne qui doit composer avec la survenue d’un trouble psychique, de changer de perspective. Elle va chercher un point d’équilibre dans son quotidien, qui tienne compte de ses vulnérabilités, tout en s’appuyant sur ses forces, ses ressources et ses capacités. « Se rétablir, c’est simplement donner sa juste dimension à la maladie dans sa vie et dans son idendité » dit Agathe Martin (Association Comme des Fous) 

Oui, bien sûr, je connais de nombreuses personnes qui « s’en sortent », je dirais qu’elles vivent épanouies avec leurs vulnérabilités.  

Se rétablir, c’est simplement donner sa juste dimension à la maladie dans sa vie et dans son idendité

Quelles sont les raisons d’espérer ?

Il y en a tellement ! Bien sûr et avant tout, l’amour, l’acceptation de l’entourage, la formation et l’information de l’entourage (rôle majeur de notre association Unafam). Dans toutes mes formations, je suis toujours frappée de constater qu’environ 50% des stagiaires ne savent rien de la santé mentale.

J’ai formé en 2025 – 2026 une cinquantaine d’accompagnateurs et accompagnatrices spirituel.les, de bénévoles du centre St Hugues de Biviers aux Premiers Secours en Santé Mentale : si ces personnes ont toutes les compétences d’accueil, d’écoute et de bienveillance, elles ont reconnu avoir appris énormément et changé leur regard. J’ai énormément appris avec les personnes touchées par des troubles psychiques, elles m’ont fait beaucoup grandir. 

Toutes les interventions donnent de l’espérance lorsque je vois des lumières qui brillent dans les yeux des stagiaires, et encore plus lorsque je forme des managers, des cadres, qui ont des points de vue pendant ces formations, des clés de lecture nouvelles. C’est du lien créé entre les personnes ! 

Toutes les interventions donnent de l’espérance lorsque je vois des lumières qui brillent dans les yeux des stagiaires, et encore plus lorsque je forme des managers

Propos recueillis par Claire Salles

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