Bernard Bougon, s.j.
Ancien aumônier national du MCC, accompagnateur spirituel Eccleria à Nantes
Bernard Bougon, s.j.
Ancien aumônier national du MCC, accompagnateur spirituel Eccleria à Nantes
point de vue
Burn-out et accompagnement spirituel : ouvrir un chemin
Dans ces quelques lignes je voudrais aborder, à partir de mon expérience, quelques-unes des questions qu’un accompagnateur spirituel sollicité par une personne en « burn-out », c’est-à-dire en arrêt de travail pour « épuisement professionnel », pourrait être conduit à se poser.
Bien souvent cet épuisement ne se laisse pas anticiper. Rarement celui ou celle qui entre dans ce processus le voit venir, et son entourage pas davantage. Plus tard, mais trop tard, la personne se rappellera avoir reçu des alertes amicales et des signaux avant-coureurs de son propre corps. Mais elle n’a pas cru devoir les écouter.
Très souvent, mis en difficulté dans notre vie professionnelle, notre réaction première est de vouloir faire bonne figure. Et n’ayant pas une conscience claire du processus d’épuisement à l’œuvre, nous nous trompons nous-mêmes et cherchons à donner le change. Pour nous-mêmes comme pour les autres, nous avons des justifications toutes prêtes : « Ce n’est rien qu’un coup de fatigue » ; « Je suis à la bourre, on m’en demande beaucoup actuellement. Mais cela ne va pas durer » ; « C’est actuellement difficile… Mais j’en ai vu d’autres… » ; etc. Et plus nous aurons résisté, plus la crise risque d’être forte et la reconstruction longue.
Une fois les principaux symptômes de cet épuisement installés, les premiers interlocuteurs sont, en général, un médecin généraliste, un ami ou une amie très proche et un psychothérapeute… Dans un second temps, en vue d’avancer dans une nécessaire « reconstruction de soi-même », la personne pourra entreprendre une démarche de bilan de compétences et rechercher un accompagnement spirituel.
Sollicité, l’accompagnateur spirituel doit avoir la capacité d’accueillir l’expression de détresses profondes doublées souvent de fortes anxiétés et de bien d’autres charges émotionnelles. Une remise en cause de la vie de foi pourra s’ajouter. Se souvenir de ces mots du P. Paul Agaësse peut éclairer l’accueil de cette crise spirituelle : « Ce n’est pas de Dieu dont je doute, c’est de moi ».
L’accompagnateur spirituel aura à exercer une écoute attentive, compréhensive et bienveillante, sans trop poser de questions. Mais aussi à s’assurer que la personne est bien prise en charge par ailleurs : suivi médical, psychologique, accompagnement professionnel, appui de son entourage… Il cherchera aussi à comprendre ce qui s’est passé. Depuis combien de temps et comment s’est manifestée cette souffrance au travail ? Quels principaux troubles perturbe sa vie actuelle ? Comment son arrêt de travail impacte sa vie personnelle, familiale, amicale… ? Qu’attend-t-elle de cet accompagnement ? Qu’en est-il de sa relation à Dieu ? … ?
L’accompagnement spirituel ne fait pas nombre avec les autres formes d’accompagnements, la vie spirituelle se présentant comme un “englobant de la vie” en lui donnant sens. Mais pour se déployer, la vie spirituelle nécessite assez de liberté intérieure. L’accompagnateur spirituel s’attachera à trouver ou retrouver cette liberté chez la personne en souffrance. Une liberté qui suppose le dépassement des événements perturbants et douloureux. Aussi, quand cela s’avérera possible, l’accompagnateur pourra proposer une relecture de vie.
Pour ce faire, et en première analyse, je retiendrai quatre registres de causes, parmi toutes celles possibles, qui ouvrent grande la porte à l’épuisement professionnel :
- Que recherche la personne dans sa vie professionnelle : identité, reconnaissance, réalisation de soi, argent, etc. ? L’investissement dans une ou plusieurs de ces valeurs serait-il devenu déraisonnable ?
- Une très grande générosité qui s’exprime dans un besoin de se donner, d’être utile, de rendre service ? L’absence de limite dans le don ou le peu de souci de soi et de ses besoins ont-ils rendu cette générosité mortifère ?
- Un fossé de plus en plus large se serait-il creusé entre ce qui est demandé dans le travail et les valeurs qui font vivre la personne ?
- Aurait-elle été victime d’un manager qui aurait exercé subrepticement son emprise jusqu’à la faire craquer à force d’injonctions paradoxales ?
- … ?
L’accompagnateur spirituel ne cessera de l’inviter à reconnaître que dans cette forte épreuve, l’amour de Dieu ne lui fait pas défaut…
Quel sens aujourd’hui et pour demain ? L’accompagnateur spirituel incitera la personne à la patience avec elle-même dans cette reconstruction, voire réorientation de sa vie. Il sera attentif aux sentiments de culpabilité qui pourraient venir entraver sa marche en avant. Il ne cessera de l’inviter à reconnaître que dans cette forte épreuve, l’amour de Dieu ne lui fait pas défaut… Il cherchera aussi l’orienter vers une prière personnelle où se trouve – ou retrouve – un lien vivant avec le Christ le seul Sauveur. Et qu’ainsi puisse s’ouvrir un chemin…
Bernard Bougon s.j.

