Perrin biographie, 2024
430 pages
lu
Pie XII, le pape face au mal
L’ouverture des archives du Vatican a permis de lever beaucoup de polémiques autour de Pie XII (1876–1958). Le jeune nonce à Munich, puis à Berlin, était-il germanophile ? Pourquoi le secrétaire d’Etat a‑t-il négocié un concordat avec d’Hitler ? A‑t-il fait preuve d’indifférence face à la Shoah ? Etait-il un anticommuniste forcené ? La manière dont il a été défenseur de la foi en fait-il un pape réactionnaire ?
Docteur en histoire, spécialiste de l’Italie, auteur d’un ouvrage remarqué sur l’histoire du fascisme (Perrin, 2018), Frédéric Le Moal était bien placé pour relever le défi. Son livre se lit comme un roman historique. Et de nombreuses citations des archives vaticanes et du Quai d’Orsay rendent la démonstration magistrale.
De Pacelli à Pie XII, l’histoire oscille entre diplomatie et drame. Concordats, encycliques, appels à la paix, secours clandestins : autant de gestes dictés par une obsession constante, éviter le pire et sauver ce qui peut l’être. Le secrétaire d’Etat a négocié le concordat avec le Reich à la demande d’Hitler et des évêques allemands. En 1937, il aide Pie XI à publier Divini Redemptoris qui qualifie le communisme « d’intrinsèquement pervers »(DR 58). Le lendemain, grâce à ses contacts, Mit brennender Sorge est lue clandestinement dans toutes les églises allemandes. Mais la répression fut sanglante. Les archives révèlent son engagement pour les juifs : lettres, interventions, encouragements à des sauvetages, qui se comptent par milliers. Cepandant, Pie XII interprète la tragédie juive comme un aspect d’une guerre contre la religion en général, non comme un génocide unique. Sa stratégie, efficace par endroits, impuissante ailleurs, laisse une question ouverte : pouvait-on faire davantage sans précipiter la catastrophe ? L’énigme d’un pontificat pris dans la « vallée de larmes » du XXe siècle reste entière. Pourtant, en décembre 1944, c’est le premier pape à reconnaitre les droits de l’homme et la démocratie comme « une aurore d’espérance » (RM 1944).
Bertrand Heriard, aumônier de secteur à Marseille
