La Découverte, 2023

970 pages

Publié le : 28/04/2026

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Les structures fondamentales des sociétés humaines

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Bernard Lahire

Bernard Lahire propose une vaste synthèse visant à identifier les propriétés fondamentales des sociétés humaines et les lois générales qui les structurent. S’inscrivant dans une perspective évolutive, il articule données biologiques, sociales et historiques afin de mieux comprendre les trajectoires des sociétés humaines, tout en rejetant tout déterminisme génétique. En comparant les sociétés humaines à d’autres sociétés animales, il met en lumière des traits centraux de l’espèce humaine, tels que la dépendance prolongée de l’enfant, la division sexuelle du travail et des formes durables de domination.

La première partie situe l’ouvrage dans l’histoire des sciences sociales. Lahire y défend une posture « uniformitariste », selon laquelle les processus sociaux observables aujourd’hui existaient déjà dans les premières sociétés humaines. Il insiste sur la possibilité d’établir des lois générales sans verser dans le conservatisme, ces lois étant au contraire nécessaires pour comprendre et critiquer les inégalités sociales. Il s’inscrit ainsi dans une filiation théorique allant de Marx à Bourdieu, Durkheim ou Françoise Héritier…

La deuxième partie distingue trois concepts centraux : les invariants (propriétés communes à toutes les sociétés humaines, comme le langage ou la division du travail), les lignes de force (axes de développement issus de la longue histoire du vivant) et les lois générales (principes agissant à travers tous les types de sociétés).

La troisième partie analyse concrètement la structuration des sociétés humaines : socialisation, apprentissage, langage, rôle des artefacts et surtout vulnérabilité de l’enfant. Lahire en déduit des mécanismes durables de dépendance, de domination par l’antériorité notamment dans la sphère magico-religieuse et dans la partition sexuelle.

L’auteur est un sociologue de l’apprentissage très reconnu. Son objet lui permettait de démonter la construction sociale d’une éducation plus soucieuse de reproduire une structure sociale de domination qu’à émanciper les personnes. La critique qu’il propose de la posture constructiviste en est d’autant mieux fondée. Mais la raison ne peut pas tout expliquer sans réduire le champ de la liberté humaine.

Bertrand Heriard, aumônier du secteur de Marseille

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