Alban
Journaliste, membre du comité de rédaction

Alban
Journaliste, membre du comité de rédaction
reportage
EBS Espérance : la logistique de la réinsertion
D’héritage chrétien, cette entreprise située au Nord-Ouest de Paris combine à la fois insertion sociale et modèle coopératif. Un pari qui tient depuis près de 30 ans.
La logistique est une affaire de palettes et de chiffres. Elle peut toutefois aussi être un lieu de solidarité. Située à Chanteloup-les-Vignes, EBS Espérance compte une trentaine de salariés, dont une dizaine en réinsertion. “Le public que nous accueillons est très divers” explique Cécile Havel, PDG de l’entreprise. “Ce sont autant des hommes que des femmes : il peut y avoir parmi elles des personnes réfugiées, des seniors en recherche d’emploi. Beaucoup d’entre elles ont connu des accidents de vie.”
Au coeur du projet, l’accompagnement des personnes
Durant six mois, les personnes accueillies sont suivies par un conseiller en réinsertion, avec l’objectif de déboucher ensuite sur un CDD long, un CDI, ou une formation qualifiante. L’accompagnement se veut complet : entretiens hebdomadaires, identification des freins potentiels — logement, santé, démarches administratives — et construction d’un projet vers un emploi durable.
La dignité passe d’abord par le travail
Fondé en 1996, le projet assume son inspiration chrétienne. Son premier directeur, Jean-François Luthin, est un ingénieur désireux à l’époque de sortir des sentiers battus. “Je voulais travailler et être au service du plus grand nombre, et pas au service d’un actionnaire”, résume-t-il. En se basant sur la doctrine sociale de l’Eglise et sur l’idée du Relais, un réseau de collecte textile créé en 1984 par Emmaüs, il cherche à développer un modèle différent, convaincu que la dignité passe d’abord par le travail.
Un modèle coopératif qui donne du sens
L’entreprise fonctionne toujours aujourd’hui sur un principe coopératif (SCOP) : les prises de décision se font lors de grandes réunions, sur le principe “un salarié, une voix”. “En tant que manager, cela demande de faire preuve de pédagogie, mais aussi de transparence”, indique son actuelle dirigeante.
Au sein de la structure, l’écart salarial ne peut d’ailleurs pas excéder trois fois le montant du Smic, tandis que la moitié des bénéfices sont systématiquement réinvestis dans l’entreprise. “Je crois que c’est un modèle qui donne du sens”, ajoute Cécile Havel. “Les personnes qui nous rejoignent ont un engagement qui est différent. Chez nous, les valeurs de solidarité mais également de responsabilité sont essentielles”.
Pour autant, la vocation sociale d’EBS Espérance n’est pas déconnectée des réalités du marché : ses 5 000 m² d’entrepôt et 1 700 emplacements de stockage en témoignent. Avec ses trois lignes de production, l’entreprise peut traiter 25 000 lots quotidiennement, pour des clients appartenant à des secteurs aussi variés que la cosmétique ou le commerce de détail. Parmi ces clients, des grandes structures comme L’Oréal, Kickers, ainsi que des associations, comme Mère de Miséricorde.
Des réussites individuelles source d’espérance
“Nos principales difficultés sont d’ordre économique”, indique la PDG, qui évoque la mauvaise conjoncture de ces derniers mois. “Le défi pour nous reste de trouver des clients qui nous fassent confiance. Nous faisons face aussi aux baisses des aides liées à l’insertion.”
D’autres modèles peuvent exister, soutenant à la fois l’emploi local et la solidarité, sans perdre de vue l’exigence professionnelle
Malgré ces défis, l’entreprise francilienne continue à afficher fièrement un taux d’insertion de 75 %. “Il est toujours satisfaisant de voir une personne arriver chez nous et être engagée en CDI ensuite”, souligne Cécile Havel.
À l’heure où le monde du travail est souvent synonyme de souffrance, EBS Espérance démontre que d’autres modèles peuvent exister, soutenant à la fois l’emploi local et la solidarité, sans perdre de vue l’exigence professionnelle. Un pari qui tient depuis près de 30 ans.

