Publié le : 26/10/2026

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Film Les Misérables, 2026 

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Fred Cavayé

Le film de Fred Cavayé a pris une autre dimension après la journée du 17 octobre 2026. D’une manière qu’il ne pouvait prévoir, le réalisateur fait résonner la dimension sociale et politique du roman.

La dernière image du film projette à l’écran la dernière phrase de la préface de Victor Hugo : « Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles. » 

Le réalisateur choisit les passages les plus connus du livre que met en valeur une distribution exceptionnelle. Ainsi, Vincent Lindon incarne la détermination sereine de Jean Valjean, ancien bagnard cherchant à vivre humainement dans un monde déchiré par la misère. De même, Benjamin Lavergne donne de l’épaisseur à l’aubergiste Thénardier, qui fait survivre sa famille en exploitant des plus faibles que lui. Celui qui a échappé à la bataille de Waterloo pleure ses enfants tués sur une barricade alors qu’il les avait prévenus du danger de se lancer dans une bataille perdue d’avance. Enfin, Tahar Rahim incarne magnifiquement le destin tragique de l’inspecteur Javert qui applique froidement une loi qui maintient les pauvres dans la misère. Le spectateur comprend alors pourquoi il laisse partir Jean Valjean et se suicide. Pourtant, la nécessaire simplification de la trame trahit la richesse du roman. Certains personnages comme Gavroche et Marius sont malheureusement caricaturés.  

Ainsi, le film dévoile le tragique d’une situation dont le 17 octobre 2026 est un triste soubresaut. Les forces de police peuvent-elles répondre à des lycéens qui demandent de meilleures conditions de travail ? Les pillages ne sont-ils pas le symptôme d’un malaise plus profond d’une autre partie de la jeunesse ? Et la vertu individuelle suffit-elle à résoudre la complexité d’une crise sociale et politique ? “Tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des films de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles.” 

Bertrand Hériard 

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