Jean-Marc Borello
Rapport à la ministre du Travail, 16 janvier 2018
Jean-Marc Borello
Rapport à la ministre du Travail, 16 janvier 2018
ressource
“La capacité à employer n’est pas naturelle”
L’emploi est notre responsabilité collective, elle ne concerne pas seulement les chômeurs. On ne peut donc parler d’employabilité sans lui adjoindre « l’employeur-abilité », la capacité à employer, qui n’est pas naturelle à toute entreprise, et s’apprend. Les aides à l’emploi doivent accompagner les employeurs autant que les demandeurs d’emploi […].
La responsabilité de l’emploi est partagée. Les mécanismes de marché font peser une responsabilité importante sur le demandeur d’emploi, on l’a vu. Il existe également une responsabilité des employeurs, qui consiste à être inclusifs. On parle « d’employeur-abilité » pour décrire la capacité d’être un bon employeur [1]. Les mécanismes de marché ne donnent pas pour fonction à l’entreprise de créer des emplois, mais de créer de la richesse, dont l’un des moyens est l’emploi.
Une entreprise bien gérée financièrement n’est pas forcément un bon employeur, c’est une fonction qui s’apprend, et ce n’est d’ailleurs pas toujours simple dans les très petites entreprises. Au-delà de la qualité des relations avec le personnel, de la « gestion RH », l’employeur-abilité consiste par exemple à ne pas pratiquer une « cueillette » des qualifications, dans une sorte d’ultra-exigence décrite par certaines études économiques. Cela consiste à ajourner le recrutement tant que le candidat idéal n’émerge pas, plutôt que de former et d’accompagner un candidat perfectible mais dont on a repéré le potentiel. La cueillette des qualifications revient à reporter la charge de formation sur la puissance publique, ou sur des entreprises concurrentes à qui l’on débauche des employés une fois formés.
La responsabilité des pouvoirs publics apparaît par contraste, elle consiste à favoriser cette adéquation entre le demandeur et l’offreur d’emploi, du côté du demandeur d’emploi, aussi bien que de l’employeur. Cela peut passer par des aides à l’emploi, et la mise en œuvre de « parcours emploi compétences », proposé dans ce rapport, va dans cette direction. Cela peut également passer par l’accompagnement des entreprises dans leurs pratiques de recrutement, d’intégration de nouveaux salariés, d’adaptation des postes de travail aux compétences des personnes, et dans l’émergence d’offres d’emploi. C’est l’une des particularités de l’expérimentation « SIAE et entreprises vers l’emploi » (SEVE), qui a été lancée en mai 2016 dans dix territoires, avec un soutien de l’État, du Fonds social européen et de la Fondation de France.
Parler systématiquement de l’employabilité, de la capacité à être employé, sans jamais mentionner la capacité à employer est donc fallacieux. L’employabilité n’existe pas sans employeur-abilité : il n’y a que des adéquations, des rencontres entre une offre et une demande de travail.
Chacun a le devoir de travailler et le droit d’obtenir un emploi (Préambule de la Constitution de 1946)
[1] Michel Masounave, « Employeurabilité ? Un enfant de la reprise », les Echos du 18 janvier 2001 ; Laurent Duclot L’entrepreneur ne fait pas l’employeur : à propos du concept d’employeurabilité, Métis, Correspondances Européennes du Travail, juin 2007
