Edouard Bustarret
Cadre bancaire
Edouard Bustarret
Cadre bancaire
témoignage
Boulot de chrétien ou chrétien au boulot ?
Comment vivre sa foi au travail ? Cette question peut prendre une intensité particulière dans le milieu de la finance. Edouard Bustarret témoigne.
Je travaille dans une banque. En 2009, suite à une fusion entre ma banque et une autre banque, je me suis retrouvé dans un service où je n’étais pas désiré. J’ai alors cherché à quitter la banque pour aller travailler dans la finance solidaire afin de donner du sens à mon travail. Cette recherche a duré 18 mois, j’ai rencontré plus de 70 personnes, postulé à plusieurs postes, sans succès. Le monde de la finance solidaire ne voulait visiblement pas de moi. C’était un échec.
En parallèle, j’ai heureusement eu l’opportunité de faire les Exercices Spirituels de Saint Ignace dans la vie courante, qui s’écoulent sur deux ans. Cette retraite m’a permis de réaliser que le Seigneur ne me demandait pas forcément de chercher à faire un boulot de chrétien mais plutôt d’être un chrétien au boulot.
Voici quelques pratiques ou convictions que je voudrais partager sur la façon dont je m’efforce de vivre mon quotidien.
Offrir sa journée à Dieu
Ignace nous incite à « chercher et trouver Dieu en toutes choses », à ne pas séparer vie de foi et vie de prière dans notre quotidien. Le matin dès que le réveil sonne, je commence par offrir ma journée à Dieu : je lui confie ce qui me semble difficile, un rendez-vous commercial qui s’annonce tendu, une discussion nécessaire mais pas facile avec un collègue, une présentation à faire…
Je réalise de plus en plus que je ne peux pas tout faire seul et que j’ai besoin de l’aide de l’Esprit pour trouver la juste attitude, notamment au travail. Mettre mon activité sous le regard de Dieu me permet de prendre une distance par rapport à mon quotidien.
Un exemple : au bureau quand mon téléphone sonne et que s’affiche le nom de la personne qui m’appelle, je prends parfois une ou deux secondes avant de décrocher pour confier cette personne et notre échange à Dieu, selon l’exemple de Madeleine Delbrêl, une mystique du XXè siècle. Cela me permet de me décentrer et de laisser une place pour que l’Esprit puisse agir.
S’efforcer de regarder son prochain avec le regard du Christ
Ignace nous invite à une attitude spirituelle qui a changé ma vie : le présupposé du préjugé favorable. Je choisis délibérément de faire confiance à la personne en face de moi, au risque d’être trompé. Il ne s’agit pas seulement de ne pas juger l’autre, mais d’essayer de me mettre à sa place, de comprendre et de sauver sa proposition. Je rends grâce pour les qualités que je peux percevoir chez mes collègues. Ce n’est pas facile et l’attitude du pharisien qui a le jugement facile n’est jamais très loin. Par ailleurs, il m’arrive de bénir en silence un collègue que je croise dans le couloir ou l’ascenseur et de le confier à Dieu.
La phrase qui me touche le plus dans l’Evangile est « Je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 28) que Marion Muller Collard, théologienne protestante, traduit par « Mon cœur est doux, il se plaît avec les petits ». Je suis souvent touché par les personnes fragiles que je rencontre au quotidien : SDF, personnes âgées, personnes isolées.
Au bureau, j’essaie d’être attentif à tout le monde, de soigner ma relation avec chacun. J’aime cette phrase de Marie Noël, poétesse du XXè siècle : « Je fais le plus de chose par amour pour me reposer de ce que je fais par nécessité ».
Se décider sous le regard de Dieu
Quand j’ai une décision professionnelle importante à prendre, je mets mon choix sous le regard de Dieu. Qu’est-ce qui est le plus important pour moi, quelle est la finalité de ma vie ? Mes choix professionnels sont-ils uniquement guidés par mon désir de carrière professionnelle, de reconnaissance, d’argent ou est-ce que je prends le temps de confier mes décisions à Dieu dans la prière ?
Cette attitude me permet de prendre de la distance par rapport à mes objectifs professionnels. Cette juste distance me donne également une sérénité pour affronter les difficultés.
Prier et relire sa journée
Pour moi prier est une respiration quotidienne mais malgré cela la prière ne se fait pas sans combat contre la tentation de faire passer le reste avant (regarder mes messages, consulter mes emails ou lire un livre). Je tâche de prendre 15–20 minutes chaque matin pour prier à partir d’un texte de la Bible, aidé par l’une ou l’autre des applications Vers Dimanche et Prie en Chemin. Parfois, une prière spontanée surgit dans les interstices du quotidien, en sortant du métro, dans l’ascenseur ou en observant un collègue.
Ignace nous incite à relire notre journée pour repérer les traces de Dieu dans notre vie. Il y a une période où je me suis prêté à l’exercice avec régularité mais en ce moment c’est plus difficile pour moi. Le soir, la fatigue et la facilité l’emportent et ma relecture se limite souvent à revoir rapidement les différents moments de la journée.
Parfois, je réalise quelque chose de plus significatif, un combat spirituel, une attitude ajustée ou au contraire injuste et je prends le temps de noter dans un carnet pour pouvoir y revenir plus tard, notamment avec mon accompagnatrice spirituelle.

