Publié le : 20/02/2026

3 minutes

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Tout va bien

Documentaire de 1h26, en salle le 7 janvier 2026

Thomas Ellis

La mer, la peur, l’espoir, la chronique des rêves et des inquiétudes de cinq migrants.

Une personne qui fait tout pour surnager dans la mer plus ou moins menaçante (en l’occurrence la Méditerranée), jusqu’à la surface. Les premières images de ce documentaire donnent le ton d’un film généreux et bien ancré dans la réalité des jeunes migrants. Celle de cinq adolescents, âgés de 14 à 19 ans, qui ont traversé déserts et mers d’Afrique pour vivre, étudier et travailler en France. A Marseille plus exactement, où le réalisateur les a découverts dans le cadre d’ateliers, préparés et suivis au fil de leur formation et des aléas de leur vie quotidienne en foyers, en hôtels. Une fille et quatre garçons réunis par un même rêve : celui de trouver leur place dans une nouvelle culture, un nouveau pays. Le voyage pour l’instant est sans retour.

Ils ne peuvent pas tout raconter de leur parcours, que l’on soupçonne parfois dramatique. Alors que, souvent interrogés par les uns et les autres, ils doivent s’expliquer et dire comment ils sont arrivés là. On n’en saura pas plus. Mineurs non accompagnés, ils sont confrontés aux mêmes questions, sinon soupçons. Jusqu’à devoir pour certains prouver leur âge par le biais d’une radiographie osseuse.

Régulièrement en contact avec leur famille dans leurs pays d’origine, la Guinée, la Côte d’Ivoire et l’Algérie, celle et ceux que le réalisateur qualifie de « super-héros » tant ils démontrent une énergie peu commune selon lui, essaient de rassurer leurs proches — leur mère en l’occurrence — au téléphone. « Tout va bien », tel est le message lancé régulièrement par-delà les rives et les dangers. Avant que les intéressés n’entrent dans les détails et, qu’à l’occasion, nous mesurions mieux la distance gardée avec les parents et le besoin d’imposer leur choix. A l’exemple d’Aminata, arrivée en France à 14 ans et qui compte bien user de la liberté acquise en arrivant en France. Elle explique une de ses décisions, sans faiblir.

« Tout va bien » est donc une façon plutôt réussie de parler de l’accueil de jeunes migrants dans une société française moins fracturée qu’on ne le dit. Cette chronique filmée permet de suivre les étapes de leurs formations professionnelles. Thomas Ellis, le réalisateur s’est d’ailleurs impliqué dans ce volet en mettant sur pied un réseau capable de mobiliser les entreprises locales, en lien avec lycées, associations et administrations. 515 lycéens ont été soutenus depuis 2023. Des métiers du soin à ceux de la restauration et de la climatisation, l’on peut suivre les coulisses d’une formation qualifiante. Venus par la mer, nos héros traversent désormais d’autres eaux. Bien décidés à réussir.

Comment encore ne pas souligner la force de la séquence où l’Ivoirien Junior, arrivé en France depuis 4 ans, participe à la rencontre du Pape François lors de son pèlerinage à Marseille en 2023. C’est à lui que les responsables religieux du diocèse avaient confié la lecture du passage des Actes des Apôtres. L’épisode où Saint Paul en route vers Rome revient sur son naufrage et son débarquement à Malte. Le même Junior qui a espéré un temps de mener une carrière dans le football. Sans oublier encore la joie des deux frères — Abdoulaye et Tidiane — un temps séparés pour des raisons administratives, enfin réunis dans le même foyer à Marseille. Khalil, le plus jeune, il a 16 ans, vient lui de débarquer à Marseille. Son sourire ne nous quitte pas. Du sujet de société, Thomas Ellis a réussi à faire un plaidoyer pour une France qui sait accueillir et former. Pour sortir, comme il le prouve, de l’amalgame trop souvent entendu entre problème et immigration.

Encore un mot sur la bande musicale originale qui accompagne le documentaire et qui a été réalisée avec la collaboration de l’orchestre philharmonique de l’Opéra de Marseille et du chef Léo Margue (Victoire de la musique 2024). Ainsi que de l’apport du rappeur Soolking.

Robert Migliorini, comité de rédaction

Voir la bande annonce : Tout va bien

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